Quinze villages de Kolda et Sédhiou ont désormais accès à l’électricité. Pour leurs habitants, ce n’est pas une simple statistique : cela peut signifier un poste de santé qui conserve mieux ses produits, des élèves qui étudient après la tombée de la nuit, des commerces qui prolongent leur activité et des services publics qui fonctionnent dans de meilleures conditions.

Cette avancée mérite d’être reconnue. Mais elle doit aussi être replacée dans l’objectif national : garantir l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2029.

Fin juin 2026, l’Agence sénégalaise d’électrification rurale estimait encore à 6 471 le nombre de localités non électrifiées. Elle évaluait à environ 396 milliards de F CFA les financements nécessaires pour achever le travail. À partir de ces deux chiffres, une question simple se pose : à quel rythme le Sénégal doit-il avancer pour respecter l’échéance annoncée ?

Quinze villages raccordés dans le sud du pays

Les 20 et 21 août 2026, l’ASER a annoncé la mise en service de l’électricité dans quinze localités des régions de Kolda et Sédhiou. L’opération appartient à un projet financé par la Banque ouest-africaine de développement à hauteur de 10 milliards de F CFA. Le programme doit couvrir au total 63 villages grâce à des minicentrales solaires photovoltaïques.

Les quinze premières mises en service représentent donc près de 24 % des localités prévues par ce projet. Quarante-huit autres villages restent à équiper dans le cadre des deux lots suivants. L’ASER indique vouloir poursuivre leur déploiement dans les prochains mois, sans qu’un calendrier détaillé des prochaines mises en service apparaisse dans l’annonce publique.

À Dialadiang, dans le département de Vélingara, une centrale solaire de 185 kWc doit desservir un village de plus de 2 200 habitants. La localité accueille notamment une école élémentaire, un collège, un poste de santé, la police des frontières, la douane et un cantonnement militaire. L’électricité peut donc y améliorer simultanément la vie des ménages, les services publics et l’activité économique.

Mais quinze villages, même importants, ne permettent pas encore de mesurer la cadence nationale.

Le défi national reste immense

Le 29 juin 2026, le secrétaire général de l’ASER, Fidèle Djissibone Diémé, déclarait que près de 6 471 localités sénégalaises n’étaient toujours pas électrifiées. Il situait le taux d’électrification rurale à 69,84 %, contre environ 80 % à l’échelle nationale, et estimait à 396 milliards de F CFA le financement à mobiliser pour atteindre l’accès universel en 2029.

Ces données donnent un ordre de grandeur, mais elles ne constituent pas encore un tableau de bord permettant de suivre l’avancement mois après mois.

Le nombre exact de localités restant aujourd’hui à électrifier n’est pas actualisé dans l’annonce des quinze nouvelles mises en service. Entre la fin du mois de juin et la fin du mois d’août, d’autres raccordements ont pu intervenir dans le cadre d’autres programmes. Il serait donc incorrect d’affirmer que le solde précis est simplement de 6 456 localités.

En revanche, le chiffre communiqué en juin permet de calculer le rythme théorique nécessaire.

Environ 154 localités par mois jusqu’à fin 2029

Si l’expression « à l’horizon 2029 » signifie que l’accès universel doit être atteint avant le 31 décembre 2029, il restait environ 42 mois entre la déclaration de l’ASER, fin juin 2026, et cette échéance.

6 471 localités ÷ 42 mois = environ 154 localités par mois, soit un peu plus de cinq localités à électrifier chaque jour, week-ends compris, jusqu’à la fin de 2029.

Ce calcul ne prétend pas décrire le calendrier réel des travaux. Les projets sont généralement livrés par lots et certaines localités demandent davantage d’investissements que d’autres. Une extension du réseau, une minicentrale solaire et un kit individuel ne présentent ni le même coût ni les mêmes délais. Mais l’ordre de grandeur permet de comprendre l’effort nécessaire.

Le même exercice appliqué au financement donne :

396 milliards de F CFA ÷ 42 mois = environ 9,4 milliards de F CFA par mois.

Les fonds ne seront évidemment ni mobilisés ni dépensés de manière parfaitement régulière. Le calcul montre seulement l’échelle financière de l’objectif. Il pose surtout une question : quelle part des 396 milliards est aujourd’hui sécurisée, et quelle part reste encore à rechercher ?

Un objectif déjà repoussé

La date de 2029 doit également être replacée dans l’histoire des engagements publics. Le portail gouvernemental consacré à l’accès universel affiche encore les anciens objectifs : couvrir 100 % des villages en 2023 et garantir l’accès universel en 2025.

Ces échéances n’ont pas été atteintes. La cible officielle est désormais fixée à 2029. En juin 2026, un représentant du ministère de l’Énergie a confirmé que cet objectif reposait sur plusieurs solutions : extension du réseau national, mini-réseaux solaires et dispositifs hors réseau. En février, la Présidence avait également rattaché à 2029 la mise en service d’une minicentrale solaire à Ségoukoura.

Le report ne signifie pas que rien n’a été accompli. Il oblige cependant les autorités à rendre la nouvelle trajectoire plus lisible. Lorsqu’une échéance nationale passe de 2025 à 2029, le public doit pouvoir connaître les raisons du retard, le nouveau calendrier, les financements obtenus et les étapes qui permettront d’éviter un nouveau report.

Électrifier un village ne se limite pas à installer une centrale

La présence d’une infrastructure électrique dans une localité ne signifie pas nécessairement que chaque ménage dispose immédiatement d’un branchement fonctionnel et abordable.

Pour mesurer l’accès réel, plusieurs données sont nécessaires : le nombre de ménages effectivement raccordés, le prix du branchement, la continuité du service, la puissance disponible, le coût de l’électricité, le dispositif de maintenance et le délai d’intervention en cas de panne.

À Dialadiang, la nouvelle centrale doit soutenir l’école, le collège, le poste de santé, les services de sécurité ainsi que les activités agricoles et commerciales. Ces effets sont crédibles, mais ils devront être mesurés après la mise en service : nombre de branchements réalisés, disponibilité effective de l’électricité et nouvelles activités rendues possibles.

Un village ne doit pas seulement apparaître comme « électrifié » dans un bilan administratif. L’électricité doit entrer dans les maisons, alimenter les services essentiels et rester disponible dans la durée.

Le tableau de bord qui manque encore

L’annonce de quinze nouvelles localités montre que des projets avancent. Pour savoir si le Sénégal progresse assez rapidement vers 2029, il manque cependant un suivi public simple et régulièrement actualisé.

Ce tableau de bord devrait indiquer, pour chaque région : le nombre initial de localités non électrifiées, les localités mises en service, le nombre de ménages raccordés, la technologie utilisée, le coût, le financeur, la date de réception, l’état de fonctionnement et la prochaine échéance.

Il permettrait de distinguer une annonce ponctuelle d’une trajectoire nationale. Il éviterait également que chaque nouvelle cérémonie soit présentée isolément, sans que l’on sache quelle part du chemin a réellement été parcourue.

Quinze villages ont franchi une étape essentielle. Mais avec 6 471 localités encore non électrifiées selon le chiffre communiqué fin juin, l’objectif de 2029 exige une cadence autrement plus large. La question n’est donc pas de choisir entre saluer les réalisations et demander des comptes. Il faut faire les deux : reconnaître chaque avancée et vérifier, chiffres à l’appui, si le rythme, les financements et les résultats permettent réellement de tenir la promesse nationale.

Établi, annoncé, en attente

Établi : l’ASER a annoncé la mise en service de l’électricité dans quinze localités de Kolda et Sédhiou en août 2026. Le projet financé par la BOAD représente 10 milliards de F CFA et vise 63 villages. L’objectif public actuellement annoncé est l’accès universel à l’électricité en 2029.

Annoncé, mais pas encore mesuré : les autorités attendent des effets positifs sur la santé, l’éducation, le commerce, l’agriculture et l’emploi local. Ces effets devront être vérifiés à partir du nombre de branchements effectifs, de la disponibilité du service et des usages créés après la mise en service.

En attente : le nombre actualisé de localités restant à électrifier, la part des 396 milliards déjà mobilisée, le calendrier régional jusqu’en 2029, le nombre de ménages effectivement branchés et les données sur la continuité du service, les tarifs, la maintenance et les pannes.